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Visions orientales |
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Catherine Tisné peint principalement des portraits d'orientaux : femmes voilées, touaregs entur-bannés. A cela, plusieurs raisons. La première est le désir de peindre comme les photographes du début du siècle prenaient des photos de personnages, tout en évitant le caractère folklorique ou narratif des scènes de genre. La deuxième s'explique par les origines de l'artiste qui est à moitié égyptienne. Les sujets orientaux sont un thème qu'elle avait déjà approché plusieurs fois sans pour autant le développer. Puis elle est retournée en Egypte après des années d'absence avec l'idée d'exposer. Séjour qui s'est concrétisé par une exposition à l'Institut Culturel Français avec un thème qui s'est imposé comme une évidence : celui de l'orient et de la Méditerranée. De fils en aiguille, ce thème est devenu récurrent. La seconde étape a été l'envie de le faire partager aux Parisiens ce qui c'est traduit par une deuxième exposition et un succès formidable. Catherine Tisné en est désormais à sa sixième exposition sur ce thème. |
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Pour ce peintre figuratif qui traitait d'un sujet par exposition puis en abordait une autre, ce recentrage sur l'Orient et le portrait l'a amenée à réfléchir sur la manière d'approfondir une même histoire tout en la renouvelant. Aucune corrélation donc avec Delacroix et les orientalistes de la fin du XIXème siècle pour ce peintre, amateur de David Hockney et de figuratifs américains tel que Hopper. Ce qui a motivé ce thème, outre les origines de l'artiste, était de travailler les drapés, lié à un désir de masquer les visages des personnages par des voiles ou des turbans pour ne laisser transparaître que le regard. Si désormais dans des œuvres plus récentes le visage se découvre, l'élégance de ces sujets qui ne sont que des gens ordinaires reste surprenante. La composition toujours centrée des personnages qui posent accentue leur caractère hiératique. 11 n'en reste pas moins que ces sujets sont porteurs d'une histoire, d'un vécu que le spectateur est libre de réinventer. L'effet de flou qui englobe les portraits permet d'avoir une composition qui pourrait être abstraite autour d'un sujet figuratif. Leur posture, voire leur lascivité propre à l'orient laisse donc le champ libre à l'imaginaire du spectateur et les femmes, même voilées, gardent une sensualité qui leur est propre. La peinture et la manière de l'aborder comptent aussi pour beaucoup dans le caractère mystérieux que peut revêtir ces œuvres. Le sujet est favorable à l'utilisation de couleurs chaudes. Les fonds et l'application des matières sont travaillés un peu à la manière des icônes avec une technique qui est finalement très orientale. Le travail autour des personnages est délicat, minutieux, utilisant des ors et des argentés. Le pastel est une craie qui réagit au contact du fond. Le recours à un sujet comme celui des personnages, à la différence des paysages, permet de charger la toile en faisant appel au collage, au tamponnage ou à des matériaux comme la poudre de marbre qui épaississent la toile et font donc réagir le pastel. Les superpositions de tons créent un effet de mystère. Catherine Tisné fait en général appel à des toiles rugueuses, voire sableuses sur lesquelles le pastel peut accrocher, puis elle les recouvre au couteau un peu à la manière d'un plâtrier. Au fur et à mesure, des accidents se créent. A vif, c'est à dire lorsque la matière est humide, elle y intègre des pigments puis les nettoie pour obtenir un effet passé. Tout aussi instinctif est le travail de la couleur, de la relation entre les différentes tonalités afin de créer une musicalité et un effet de perspective. Bien qu'harmonieuses, leur rapport n'est pas toujours évident. L'impression de ton sur ton du paysage est trompeur. Le mauve du ciel et l'orange de la dune sont à la limite du grinçant et se renforcent mutuellement. Le personnage, comme le spectateur, se noie dans la couleur qui englobe le tableau et devient picturale. Nicolas Chwat, 2003 |
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